Assurance perte d'exploitation.

      Nous nous attaquons bien entendu la fin de non-recevoir  des assureurs au sujet des contrats pertes d’exploitation ou analogues qu’ils ont conclus avec les dentistes.

 

 

Argument des assureurs : cela ne fait pas partie des garanties souscrites. Examinons :

  • Les dentistes ont fermé leurs cabinets, comme les coiffeurs leurs salons, les restaurateurs leur restaurants…, en raison d’une injonction des autorités de tutelle. Sans cette injonction, il faut reconnaître qu’il n’aurait pas été raisonnable de continuer à travailler, et ils auraient, malgré tout, fermé. La question sur leur volonté de créer le sinistre pour toucher l’assurance pourrait alors se poser. Dans le cas présent, il ne peut y avoir aucun doute sur la bonne foi des dentistes.
  • Le risque de pandémie est imprévisible : et depuis quand est-il imprévisible ? Il y a une grande pandémie par siècle, au XXè siècle, c’était la grippe espagnole, au XIXè siècle, le choléra (à Paris, vers 1830)…. Au XIVè siècle, la grande peste noire ; les annales du passé sont suffisamment éloquentes. Un sinistre par siècle représente une espérance mathématique suffisamment favorable à l’assureur pour qu’il n’ait pas de problème à assumer ses responsabilités.
  • Lorsque le dentiste consulte son courtier en lui demandant un moyen de sauvegarder la viabilité de son cabinet en cas d’interruption forcée de son activité, ce dernier, qui est un professionnel du risque, se doit de lui proposer un contrat faisant face aux diverses éventualités, dussent ces éventualités se produire seulement une fois par siècle, et lui proposer un contrat en conséquence ; au client de décider avant de signer.

 

     En conclusion, les arguments invoqués par les assureurs ne tiennent pas : les dentistes ont fermé indépendamment de leur volonté, puisqu’il s’agit d’une injonction administrative. Le risque était prévisible, il se produit régulièrement une fois par siècle. Si le risque n’était pas mentionné au contrat, ce n’est pas parce qu’il a été refusé par le client, c’est en raison d’un oubli de l’assureur, oubli difficilement excusable pour un professionnel du risque.

 

 

Dès les premières déclarations de sinistre, les assureurs ont poussé des cris stridents : « si nous indemnisons, cela va faire nous des frais ! » Laissant sous-entendre que cela les conduirait à la faillite.

  • Cette fois-ci, ils ne remettent pas en cause la validité des contrats, ni leurs obligations à l’égard de leurs clients, mais leur propre solvabilité.
  • Quant-à la possibilité de faillite pour indemnisation de ces pertes d’exploitation, elle prête à rire : la France est confinée, la circulation automobile quasi inexistante, en conséquence, la sinistralité automobile a beaucoup baissé, pour ne parler que de ce qui vient à l’esprit en premier. Le confinement a réduit à zéro bien des risques assurés : un risque en exclu un autre. Belle économie qui permet d’assumer quelques frais.
  • Car il ne faut pas oublier que l’assurance est un tout,  l’assuré prend un package : assurance auto, locative, prévoyance etc… . L’assureur aussi, et  fidélise ainsi son client, c’est sur le long terme, avec une assurance vie souscrite pour procurer un complément de ressources à la pension de retraite, on en prend pour 30 ou 40 ans.

 

      Les assureurs sèment le doute sur leur solvabilité ; selon l’adage, il n’y a pas de fumée sans feu. Aux assurés frustrés de trancher : faut-il continuer à leur faire confiance, ou doivent-ils ne conserver que les contrats obligatoires (responsabilité professionnelle, automobile et locative), et résilier le reste pour constituer une réserve ?

10 mai 2020