Pour une réforme de la médecine dentaire

     Les propositions de loi Macron, anciennement Montebourg, issues du rapport de l’IGF, ne nous conviennent pas car elles vont dans le mauvais sens : asservissement des praticiens, et par contrecoup des patients, aux puissances de l’argent : un comble pour un gouvernement qui se prétend socialiste.


    Ce qui ne veut pas dire que nous ne sommes pas demandeurs de réformes : la médecine dentaire française prend du retard. Un chirurgien-dentiste français peut exercer partout en Europe, mais il n’a pas les mêmes qualifications partout. Pourquoi lui-est-il permis ceci ou cela à l’étranger, mais pas en France ?


     Nous devons évoluer au sujet de notre personnel, des spécialistes qualifiés, des  moyens thérapeutiques, des structures juridiques d’exercices, rien que pour rattraper notre retard. Durant les années soixante, soixante-dix, quatre-vingt, les étrangers venaient se perfectionner en France ; aujourd’hui, ils vont aux Etats-Unis, en Suisse, au Brésil… . C’est significatif.


     Nous proposons, en nous restreignant au monde dentaire,  de réformer :


·        Le statut des assistantes dentaires.


·        Le statut des spécialistes : endodontistes, prosthodontistes (j’utilise cet américanisme utilisé au Quebec pour distinguer les chirurgiens-dentistes spécialistes en prothèse des techniciens œuvrant dans un laboratoire de prothèse dentaire, le terme français «  prothésiste » recouvrant ces deux personnes), parodontologistes… et autres chirurgiens-dentistes spécialistes.


·        D’aligner la compétence des chirurgiens-dentistes français sur le régime européen (sédation consciente au cabinet, ouverture du protoxyde d’azote à d’autre techniques, en complément du Méopa, etc… ).Il est vrai que des ouvertures récentes (Méopa, acide hyaluronique) vont dans le bon sens.


·        De créer un corps d’hygiénistes dentaires. Le débat est ouvert : doivent-ils être chirurgiens-dentistes diplômés (après tout, ils pratiquent des diagnostics autres que celui des lésions parondontales en évolution, ils détectent les caries, les troubles occlusaux, prothétiques…). Ou peut-on se contenter, pour exercer l’hygiène dentaire, d’une formation simplifiée, comme cela se fait dans certains pays ? La première solution  offrirait la formation d’hygiénistes top-niveau, et la possibilité pour ceux-ci d’avoir une évolution de carrière, au contraire d’une formation simplifiée. Pourquoi  le choix d’une spécialité de chirurgiens-dentistes spécialistes qualifiés en hygiène dentaire ne l’emporterait-il pas ? Il est alors possible que les avantages de ce choix, reconnus à l’étranger, soient adoptés comme ce fut le cas pour le statut français des notaires en Chine.


·        D’ouvrir les Sociétés d’Exercice aux confrères et non pas à des investisseurs purs et durs, extérieurs au monde médical : possibilité de créer des Sociétés d’Exercice  regroupant des médecins, dentistes, sages-femmes, infirmiers, etc…, généralistes et spécialistes au sein de la même structure. Cela offrira davantage d’ouverture à l’investissement que l’entrée dans les SEL d’institutionnels comme de « crows-funders » tout en protégeant le patient ; restant entre nos mains, il demeure une personne, il ne se trouvera pas réduit au rôle banal d’un produit commercial. Naturellement, ce regroupement de professionnels proches mais pas identiques exigera une réécriture du code de déontologie, tout en restant dans son esprit : le respect et la protection du patient.  Comme l’ouverture des sociétés d’exercices à toutes les professions médicales en une fois serait difficile, une première étape consisterait à permettre à des chirurgiens-dentistes généralistes et spécialistes de se regrouper au sein de la même société.

Du point de vue légal, c’est la Société d’Exercice qui exerce par l’intermédiaire de ses membres ; l’interprétation actuelle consiste à  dire que si une SEL par exemple associe des Orthodontistes qualifiés, tout le monde est obligatoirement orthodontiste qualifié. Ce raisonnement n’a rien d’absolu : Pourquoi une société omnipraticienne dentaire, qui exerce toutes ou partie des disciplines dentaires, ne regrouperait-t-elle pas un endodontiste, un orthodontiste, un chirurgien, un parodontiste… ?  Tous spécialistes qualifiés ou non.


·        De préciser le rôle de chacun : chirurgiens-dentistes spécialiste en prothèse vis-à-vis du technicien de laboratoire prothétique, assistante dentaire, aide dentaire... . 


·        De permettre l’embauche d’un personnel répondant aux besoins d’un exercice de qualité. Un cabinet dentaire allemand emploie en moyenne 9 personnes, un cabinet suisse 4 ou 5. Pourquoi en France un cabinet n’a-t-il qu’une portion d’assistante ?


·        De réellement reconnaître le rôle de la prévention en médecine, en relation avec l’existence d’une nomenclature des actes de prévention, et une réelle possibilité de faire honorer cette activité.


·        De renforcer les pouvoir judiciaires de l’ordre, en particulier au sujet de la communication de tous les contrats concernant de près ou de loin l’exercice des chirurgiens-dentistes.

 

 La loi Macron ne s’attaque qu’à la marge bénéficiaire des professions réglementées, sans se soucier des conséquences que cela entraînera. Tant qu’à faire bouger les choses, il serait mieux d’évoluer dans un sens positif, et profitable au patient.

Jean-Louis Portugal          Président 

       Cedric Thorin                  Trésorier

Octobre 2014